Guido Styger

Établissement primaire de Nyon Roche-Combe

APPRIVOISER LES SAVOIRS EN DUO AVEC UNE DéMARCHE ARTISTIQUE

Dans une école dans laquelle « le modèle traditionnel de l’apprentissage est celui de la démarche scientifique » (Lagoutte, 2002 p. 277), l’enseignant a tendance à se renfermer derrière son savoir disciplinaire tout en désertant les compétences transversales (Losego, 2016 p. 76) et probablement les sujets difficilement quantifiables et mesurables. Il s’agit en sorte de ne pas trop se risquer sur des chemins exposés. L’artiste de son côté peut difficilement se passer de ces caractéristiques « sensibles » et transversales, car elles forment l’essence même de son travail.

Ce phénomène contribue ainsi à « une marginalisation [des disciplines artistiques] clairement perceptible ». (Grossenbachr & Oggenfuss, 2011 p.2), (UNESCO, 2006)

Pour prendre les termes de ce colloque, l’enseignant et l’artiste risquent donc davantage de se rencontrer en duel. Ce duel peut se jouer dans la tête d’un maître spécialiste comme il peut se jouer entre un enseignant et un artiste.

Dans mes recherches sur les apports potentiels des arts visuels à l’éducation au développement durable, j’ai suivi un enseignant avec ses élèves sur un projet EDD en montagne. J’ai pu identifier et analyser les activités au sein du projet qui sollicitent des compétences ou savoirs issus des arts visuels. J’en ai moi-même en tant qu’artiste proposé une activité pour aborder le concept de l’empreinte écologique sous une forme artistique. Cette expérience documentée et analysée m’a montré que le duo enseignant – artiste cache bien des potentiels qui méritent d’être discutés et développé.

Ce duo enseignant – artiste peut s’avérer particulièrement puissant pour l’EDD quand cela apporte une dimension personnelle et sensible à l’apprentissage. « L’imagination, la pensée critique et la créativité sont au cœur de l’EDD ! » (Pellaud, 2013a p. 5). « La créativité artistique n’apporte pas seulement une réponse à la démotivation ou à l’apathie provoquée par un enseignement déconnecté des élèves auxquels il s’adresse, mais elle va plus loin, elle réfute un système éducatif basé sur une idéologie de la réplication des modèles, sur une logique binaire et une conception obsolète de l’autorité. Elle ouvre un chemin jusqu’alors resté bloqué : celui qui prend en considération l’expérience intime de la vie. C’est un chemin qui mène à une autonomie consentie, réflexive, questionnante » (Aden, 2009 p. 179).

On pourrait ainsi prétendre que les « disciplines de la sensibilité » (Lagoutte, 2002 p. 277) prendront de l’importance durant ce 21siecle et avec cela le duo transversal entre enseignant et artiste.

Travail réalisé à Luan par Marie Fassel, élève de 9e année. 1m2

« Ma transformation du mètre carré signifie beaucoup de choses. Le triangle de cendre nous indique une direction. L’accès au feu. Le chemin qui mène à un lieu convivial. Il est fait de cendre pour montrer la transformation du bois. La combustion. Pourtant, l’herbe est toujours là. Elle a survécu. La nature renaît de ses cendres, tel un phénix. » (Fassel, 2016)

Bibliographie

Aden, J. (2009). La créativité artistique à l’école: refonder l’acte d’apprendre. Synergies Europe, 4, 173- 180.

Grossenbacher, S. et Oggenfuss, C. (2011). Von der musischen Bildung zur « aesthetic literacy». Musik, Kunst und Gestaltung in der Volksschule. Rapport de tendance n° 12. Aarau: CSRE, 160 pages.

Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), (2006). Feuille de route pour l'éducation artistique. Conférence mondiale sur l'éducation artistique: développer les capacités créatrices pour le 21e siècle, Lisbonne, 6-9 mars 2006.

Pellaud, F. (2013a). Au fait, éducation au développement durable, ça veut dire quoi ?. Revue francophone du développement durable, 1, 5-15

Styger, G., (2016). L’apport des arts visuels à l’éducation au développement durable – regards croisés. Mémoire professionnel. Lausanne : HEP Vaud