Sandrine Moeschler, Microsillons, Frédérique Bohi, Michael Facchin, Eric Vautrin

Modérateur: Olivier Moeschler (sociologue, UNIL)

 


QUELLES FORMES DE MÉDIATIONS POUR L'ÉCOLE ?

Située dans l’axe « médiations », la table ronde « Quelles formes de médiations pour l’école ? » réunissait cinq acteurs. Ils avaient été choisis pour représenter des formes de médiation culturelle en lien avec l’école plus ou moins institutionnalisées et plus ou moins proches du monde scolaire. Le point commun de ces invité-e-s était qu’ils et elles sont tous lié-e-s, d’une manière ou d’une autre, aux arts visuels et/ou plastiques.

 

 

Représentant, au sein de la configuration choisie, un point de vue à la fois très institutionnel et le plus éloigné des arts plastiques, Eric Vautrin, directeur des éditions et dramaturge au sein de l’équipe « communication et publics » du Théâtre de Vidy, a défendu une position différenciée et complexe. Il s’est montré conscient des implications et, aussi, des possibles contradictions du travail de médiation avec les publics dans une institution à la ligne artistique exigeante et qui met parfois son public à l’épreuve, tout en souhaitant le renouveler et le rajeunir par une image et une programmation complètement redéfinies ces dernières années. Sandrine Moeschler, responsable de la médiation au Musée cantonal des Beaux-Arts (MCBA) de Lausanne, a parlé en praticienne de la médiation culturelle dans un grand musée d’art habitué à accueillir des classes. Elle avait beaucoup de choses à dire et des expériences concrètes et instructives à rapporter sur la médiation muséale avec de jeunes élèves. Médiatrice culturelle aux Ecoles primaires d’Yverdon-les-Bains et responsable du projet « Ecole, culture et intégration », Frédérique Böhi a parlé en femme du terrain de ses nombreux projets en cours en la matière à Yverdon. Elle occupe – chose rare, et qui vaut la peine d’être relevé – un poste dédié expressément à la médiation culturelle avec les écoles dans l’institution scolaire. Ce poste, qui existe depuis 10 ans, constitue donc une position privilégiée et, peut-être, une exception, tout en pouvant servir de modèle pour d’autres villes. Michael Facchin, réalisateur formé à l’ECAL aux activités multiples, intervenait en tant qu’éducateur d’APEMS (Accueil pour enfants en milieu scolaire). Il a parlé de son expérience avec différentes animations dans un secteur doublement intéressant : en effet, il concerne le premier âge, donc un moment particulièrement fécond pour les actions de médiation culturelle, tout en étant, en tant que structure du parascolaire, très libre par rapport au PER (Plan d’études romand). Formant le collectif Microsillons et se désignant comme « artistes-médiateurs », Marianne Guarrino-Huet et Olivier Desvoignes ont fait une intervention à deux voix très équilibrée entre pratique théorisée et théorie mise en pratique. Se présentant comme une « structure polyvalente et à géométrie variable qui propose des zones temporaires de réflexion, de dialogue et de création autour des pratiques culturelles contemporaines, ce collectif marie bien dans ses interventions – même si là encore non sans d’inévitables frictions – médiation, création artistique, logique économique (c’est une petite PME), travail social et engagement politique.

 

Les différentes interventions et les échanges avec le public, venu nombreux et se montrant très intéressé lors de cette table ronde, ont tout d’abord confirmé l’importance de pouvoir disposer de postes et de cadres institutionnalisés pour un travail de médiation culturelle à la fois fertile et serein avec les écoles. C’est seulement si non seulement les élèves, mais aussi le médiateur, la médiatrice se savent dans un espace de confiance et de lien social que ces actions peuvent avoir un effet profond et durable, au-delà du « one shot ». La médiation culturelle scolaire est apparue comme un acte de socialisation, et plus généralement comme un acte social au sens fort. Il s’agit en même temps aussi, dans la mise en place de ces opérations, de trouver le bon équilibre entre la logistique, nécessaire, et la dimension symbolique, recherchée. Le débat a également révélé une grande diversité, en fonction de l’inscription institutionnelle comme, aussi, de la personnalité du médiateur, de la médiatrice. S’il s’agit dans tous les cas de mettre en œuvre les conditions d’une expérience esthétique, les formes concrètes de médiation culturelle avec les publics scolaires sont plurielles, riches et variées. Il s’agit par ailleurs d’ouvrir toutes les portes possibles, face à des publics qui s’avèrent dès le départ, en fonction de leur origine sociale et de leur parcours, plus ou moins éloignés de la culture et de l’art. Nombreux et enrichissants, les exemples donnés ont enfin montré que, parfois, ce ne sont pas forcément les animations les plus conceptualisées et balisées qui marchent le mieux dans le travail de médiation avec les classes, qui recèle toujours une part d’imprévu, d’inattendu et, aussi, de nouveauté.

 

                                                                                            Olivier Moeschler, 21 janvier 2018